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Masque dans l’espace (1964)

AB-64C-1964-004 Masque dans l’espace

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1964, Breuillaud fait coexister plusieurs régimes d’image : des masses plus lithiques et resserrées, des cosmologies bleues construites en réseaux, et, dans un troisième versant, un retour plus animé à la figure, mais transfigurée en entité tellurique et mentale. Masque dans l’espace appartient à cette famille : la peinture s’y organise autour d’un visage non identitaire, devenu noyau d’apparition. Le motif du masque, déjà présent plus tôt dans son parcours, est ici relancé par une intensification chromatique et une mise en scène verticale qui donnent au tableau la force d’un théâtre intérieur, où la figure est à la fois centre, écran et énigme.

Description plastique / stylistique

Le panneau est saturé d’un rouge incandescent, modulé par des bruns et des noirs qui densifient l’atmosphère et rendent la surface presque brûlante. Au centre, un masque ovoïde bleu-vert, aux paupières lourdes et fermées, s’impose comme une présence silencieuse ; sa frontalité est immédiatement contredite par l’agitation des formes qui l’environnent. Autour de ce noyau, des silhouettes rouges étirées, des excroissances sombres et des poches jaunes s’imbriquent, se heurtent, se dissocient. Le dessin, tantôt incisif tantôt dissous dans la matière, relie des fragments et installe un rythme ondulant : mains, torses, têtes possibles apparaissent puis se perdent dans la couleur. La matière est travaillée en épaisseurs, raclages et zones absorbantes, de sorte que la lumière semble venir de l’intérieur du rouge, comme retenue dans la peau picturale.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre se situe à la jonction entre les scènes intenses de 63B et les recherches de réseau de 64B : elle conserve l’énergie dramatique et l’incandescence chromatique, mais elle recentre l’image sur une figure-symbole, un visage qui agit comme foyer. Par rapport aux compositions circulaires de 64B, la structure n’est pas une orbite : c’est une verticalité compressée où les présences s’agrègent autour du masque, comme attirées par une gravité psychique. À l’échelle du corpus 1964, Masque dans l’espace peut être lu comme une pièce de transition : la figure y est encore narrativement active, mais déjà dissoute dans un milieu organique qui la démultiplie et la contamine, annonçant des formations plus ambiguës et plus condensées au sein de 64C.

Justification de datation et d'attribution

La datation en 1964 est soutenue par la palette rouge-orangé très saturée opposée à des contrepoints bleu-verts, signature récurrente du segment 64C, ainsi que par le tressage de silhouettes charnelles et de noyaux cosmiques dans une matière épaisse, travaillée par reprises et raclages. L’absence de grandes membranes blanches continues, qui se développeront plus tard, situe l’œuvre avant les mutations de 1965. La cohérence de la facture, du rythme et de la dramaturgie chromatique avec les ensembles voisins de 1964 confirme l’attribution à Breuillaud.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud