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Ascension du magma (1971)

AB-CC-1971-004 Ascension du magma

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1971, Breuillaud transforme progressivement les membranes et proliférations organiques issues de MP4 en structures plus verticales et incandescentes, qui définissent l’entrée dans le cycle CC. Par son grand format, « Ascension du magma » affirme cette mutation : la matière n’est plus seulement un milieu de fusion, elle devient colonne, poussée, montée. Là où certaines toiles contemporaines insistent sur la chute ou l’engloutissement, celle‑ci inverse le flux et met en scène une propulsion interne, comme si la peinture elle‑même cherchait à quitter le sol par un effort continu de formation et d’arrachement.

Description plastique / stylistique

Un vaste champ rouge‑orangé sert de matrice thermique à une colonne centrale, où jaunes laiteux, verts acides et ocres s’entrecroisent en glacis et reprises. Dans ce vortex vertical, des figures naissent et se dissolvent : silhouettes interminables, têtes globuleuses, membres tirés comme des jets de lave, embryons suspendus, corps réduits à des filaments. La surface ne distingue pas clairement premier plan et arrière‑plan ; tout s’interpénètre, comme si plusieurs temps — naissance, métamorphose, ascension, effacement — coexistaient dans la même poussée. À la base et dans certaines contre‑formes apparaissent des présences plus sombres, presque charbonneuses, qui font contre‑poids à la lumière du centre et renforcent l’idée d’une résistance du monde ancien. Près du sommet, une large forme sphérique et des têtes isolées accentuent le caractère cosmique‑infernal de cette montée, entre éruption et apparition.

Analyse comparative / corpus voisin

L’œuvre prolonge les recherches de 1971 sur le rouge matriciel, mais elle s’en distingue par la radicalité de l’axe vertical et par la densité de figures prises dans un même mouvement ascensionnel. Par rapport aux compositions plus « tapissées » où la prolifération se répartit sur toute la surface, ici la dynamique se concentre en entonnoir, ce qui donne à la toile une structure de colonne quasi cosmique. Les figures sombres placées en contre‑champ, avec leurs accents vert‑bleu, annoncent les tensions chaud/froid qui se développeront pleinement dans les œuvres CC du début des années 1970, tandis que la monumentalité du dispositif préfigure les grandes compositions de 1972‑1974.

Justification de datation et d'attribution

La datation 1971 est cohérente avec la palette et la facture : domination rouge‑ocre traversée de verts acides, silhouettes filamenteuses et distendues, disparition des membranes circulaires typiques des dernières années MP4, et présence de figures sombres jouant un rôle de contre‑structure. L’ascension structurée en colonne, très affirmée, correspond à ce moment précis où la matière chaude sert encore de matrice mais où l’espace commence à se verticaliser, avant que les dispositifs plus nettement cosmiques ne s’imposent après 1972. Ces éléments confirment l’attribution à l’année 1971.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud