Accueil du catalogue · Index des œuvres · Site principal

Expansion cosmique (1971)

AB-CC-1971-008 Expansion cosmique

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Réalisée au cœur de l’année 1971, Expansion cosmique s’inscrit dans le moment où la peinture de Breuillaud, encore marquée par les grandes matrices rouges et sombres, commence à déplacer son centre de gravité vers un espace autonome. Après les toiles de type « magma » et l’apparition du motif du porteur-sphère, l’organique cesse d’être seulement une matière d’implosion : il devient le point de départ d’une extension, comme si l’univers pictural se décollait du sol pour flotter.

L’œuvre occupe ainsi une position charnière : elle conserve l’idée d’un foyer générateur, mais en déploie les conséquences dans une profondeur bleue où la sensation de pesanteur se dissout. Ce passage annonce directement les constructions cosmico-cellulaires qui se stabiliseront en 1972, lorsque la couleur froide et la notion de milieu deviendront des principes structurants.

Description plastique / stylistique

La composition est dominée par une vaste sphère translucide, légèrement décentrée vers la droite, dont la membrane turquoise et laiteuse enveloppe un réseau de formes internes. À l’intérieur, des figures filiformes, à la fois humaines et indécidables, se devinent comme des silhouettes en gestation : un corps étiré, des membres souples, des têtes réduites à des noyaux lumineux, pris dans une circulation de courbes et de contre-courbes.

Le fond, d’un bleu profond modulé de verts assourdis, ne joue pas le rôle d’un décor. Il agit comme une substance : nappes sombres, halos diffus, zones d’absorption et d’émergence construisent une profondeur d’eau noire, où d’autres globes atténués apparaissent aux lisières, tels des satellites. Des filaments et des prolongements membranaires relient ces poches de lumière, suggérant une continuité organique à l’échelle du tableau.

La matière picturale alterne glacis et reprises plus denses, ce qui confère à la sphère centrale une qualité de volume respirant. Les contours restent perméables : rien n’est fermé, et la forme semble se constituer dans le même mouvement qui la dissout. Cette hésitation maîtrisée, entre apparition et effacement, fait de l’image moins une scène que l’enregistrement d’un état, celui d’un monde en train de se définir.

Analyse comparative / corpus voisin

Par rapport aux toiles de 1971 dominées par la verticalité et le tumulte magmatique, Expansion cosmique atténue la violence du geste au profit d’une expansion lente et circulatoire. La poussée verticale se transforme en gravité flottante, et le champ pictural s’ouvre en profondeur plutôt qu’en chute ou en ascension.

Le motif sphérique, déjà présent dans les œuvres immédiatement voisines, prend ici une fonction structurante : non plus un objet porté ou surplombant, mais un véritable milieu de formation, où les êtres se distribuent et se transforment. Cette logique annonce les premières « genèses » de 1972, en particulier les compositions centrées sur un noyau rayonnant, tout en conservant une part d’indétermination héritée de 1971.

Justification de datation et d'attribution

La datation de 1971 est cohérente avec la tension stylistique visible : l’œuvre conserve des restes de densité organique et de zones sombres typiques de la phase CC, tout en affirmant pour la première fois une domination du bleu-vert comme milieu autonome. La présence d’une grande sphère membraneuse, l’allègement des figures en filaments et la disparition d’une narration corporelle explicite situent la toile dans ce moment de bascule, immédiatement avant la clarification cosmico-cellulaire de 1972. L’attribution se confirme par la signature plastique propre à Breuillaud : lignes nerveuses, hybridation du biologique et du cosmique, et construction d’un espace intérieur sans horizon.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud