Fiche technique
- Titre : Proto-entités
- Date : 1972
- Technique : Huile sur toile
- Dimensions : 38 x 46
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1972, André Breuillaud opère un basculement décisif : la dramaturgie des systèmes rouges de 1971 s’efface au profit d’un espace bleu, plus cosmique, où l’être n’est plus pris dans une matrice brûlante mais mis à l’épreuve d’un milieu d’apparition. Le séjour de Vence, évoqué dans la documentation, renforce cette inflexion par une lumière plus vive et des contrastes plus tranchés, et par le retour à des formats intermédiaires propices à l’expérimentation. Dans ce contexte, l’œuvre fonctionne comme une étude de « protoformes » appelées à se déployer dans les grandes toiles de 1973 : une zone d’essai où la figure, encore résiduelle, se mêle à une mutation organique autonome.
Description plastique / stylistique
La composition se construit sur un champ bleu profond, modulé par des passages plus sombres et des lueurs froides, comme si la surface était éclairée latéralement. Des masses verticales, proches de blocs ou de parois, structurent l’espace et y ménagent des cavités d’ombre. À cette armature répond un réseau d’entités souples : corps jaunes ou verdâtres, torses esquissés, membres liquéfiés, yeux isolés, formes larvaires qui glissent et se dilatent sans ossature. La matière, parfois fortement texturée, retient des nappes transparentes et des traces plus denses ; le dessin, discret, intervient par endroits pour fixer un regard, une articulation, ou signaler une frontière instable entre figure et milieu.
Analyse comparative / corpus voisin
Par rapport aux grandes compositions du cycle bleu, telles que Spectralis ou Méduse bleue, Proto-entités garde l’échelle du laboratoire : les formes n’y sont pas encore pleinement constituées, mais saisies au moment de leur émergence, entre dissolution et reconstitution. La comparaison avec Obsession (1972) souligne le déplacement de la source lumineuse, ici davantage externe et froide, et l’abandon d’une scène au profit d’un espace d’incubation. À l’inverse d’Origine, où l’organisation tend vers un noyau d’unification, l’œuvre maintient une pluralité d’apparitions dispersées, comme un imagier de rémanences. Le rapprochement suggéré avec Intra-Somnia éclaire enfin une même logique d’états intermédiaires, mais transposée ici dans un bleu d’atmosphère plutôt que dans une chambre intérieure.
Justification de datation et d'attribution
La datation à 1972 s’accorde avec la palette bleu-jaune et la mise en place des premiers êtres semi-autonomes décrits dans la documentation, caractéristiques de cette phase de transition vers le cycle bleu. La facture – alternance de zones fluides, de reprises plus épaisses et de textures marquées – se rapproche de l’économie matérielle observée autour de Spectralis et d’Expansion cosmique, tout en conservant le format expérimental propre aux études de Vence. L’ensemble des critères plastiques et contextuels concorde ainsi avec une attribution certaine à André Breuillaud.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
