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Village au couchant (1975)

AB-CCL-1975-003 Village au couchant

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Village au couchant constitue un cas singulier dans le corpus : attribuée et datée « 1975 » dans la documentation (Catalogue Michelle Philippon, 1992), l’œuvre présente pourtant un langage pictural qui contredit frontalement les recherches de Breuillaud au milieu des années 1970, alors dominées par les enchevêtrements organiques, les membranes, les hybridations et les visions psychiques flottantes.

L’hypothèse la plus rationnelle est celle d’un tableau plus ancien réintégré tardivement : Breuillaud a parfois conservé des œuvres de périodes antérieures, puis les a signées, titrées ou reclassées lors d’expositions ou de regroupements ultérieurs. Dans ce scénario, 1975 correspondrait moins à la date d’exécution qu’à une date de présentation, d’inventaire ou de recensement.

Description plastique / stylistique

La composition est entièrement géométrisée : des panneaux colorés juxtaposés construisent une architecture fragmentée, comme une mosaïque de façades, avec une perspective aplatie et des arêtes sombres qui découpent le champ. L’ensemble évoque un village méditerranéen éclaté, traité par plans, sans aucune intrusion de biomorphisme.

La palette est franche et solaire — roses, bleus vifs, oranges, verts émeraude, violets doux — et renvoie à un modernisme d’après-guerre plus qu’aux gammes refroidies ou nocturnes de 1975. Ici, ni yeux autonomes, ni bouches flottantes, ni membranes : le tableau privilégie la construction, le rythme des rectangles, et une organisation cubisante qui situe l’œuvre à distance des recherches post-1968.

Analyse comparative / corpus voisin

Par sa structure segmentaire, son format et sa chromatique, l’œuvre présente des affinités nettes avec des phases antérieures : paysages fragmentés des années 1948–1953 (PR2 / PR3), géométries colorées du début des années 1950 (PG2), voire des prémices de construction en panneaux avant la bascule organique. Le format 33 × 41 cm est par ailleurs très typique des années 1948–1955.

La comparaison avec les œuvres authentiquement peintes en 1975 (enchevêtrements nocturnes, visions pâles, anatomies diluées) souligne l’absence totale de continuité stylistique. Plusieurs explications restent compatibles avec la documentation : réintégration tardive d’un tableau ancien, date d’inventaire ou de présentation, réutilisation d’un châssis, ou anomalie ponctuelle du catalogue.

Justification de datation et d'attribution

La notice documentaire impose de respecter la datation déclarée « 1975 » (Catalogue Michelle Philippon, 1992). Toutefois, l’analyse plastique converge massivement vers une exécution antérieure, probablement entre 1950 et 1954 : vocabulaire cubisant, construction en panneaux, palette matissienne, absence complète de biomorphisme et de signes organiques qui dominent le corpus des années 1970.

L’attribution à Breuillaud demeure plausible dans la mesure où ce type de construction s’inscrit logiquement dans ses recherches d’avant la période organique. Le point critique porte donc moins sur l’auteur que sur la date de création : 1975 apparaît vraisemblablement comme une date de reclassement, de présentation ou de recensement, plutôt qu’une date d’exécution.

Provenance / expositions / publications

Œuvre inventoriée et reproduite au Catalogue Michelle Philippon (1992). Propriétaire actuel non identifié (contact souhaité).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud