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Vue de Caromb (1940)

AB-GU-1940-005 Vue de Caromb

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Ce paysage appartient à la série de vues méridionales exécutées autour de 1940, au moment où l’artiste resserre sa pratique sur des motifs proches et immédiatement disponibles. La présence explicite du toponyme de Caromb signale une attention particulière à l’ancrage local : il ne s’agit pas d’un décor générique, mais d’un village identifié, saisi depuis ses abords.

Dans ces années, le paysage devient un espace d’observation stable, où l’expérience du lieu prime sur l’événement. Breuillaud y déploie une peinture de synthèse, attentive à la structure des volumes, à la respiration des plans, et à la manière dont la lumière organise l’architecture et la végétation.

Description plastique / stylistique

La composition installe d’abord un premier plan de terre chaude, ocre et rougeâtre, travaillé en larges touches qui laissent deviner des chemins ou des stries du sol. Une végétation d’oliviers et de masses arbustives occupe le milieu de la toile : les feuillages, traités en verts rabattus et en touches épaisses, forment une ceinture irrégulière qui guide le regard vers le village.

Caromb apparaît en surplomb, construit en blocs clairs simplifiés, avec des façades presque géométriques. Les blancs et beiges des maisons se détachent contre un ciel assombri, tendu, où des gris bleutés et des nuances sourdes suggèrent un temps couvert ou une lumière de fin de journée. L’ensemble est animé par une facture nerveuse mais contrôlée : la brosse reste visible, sans chercher le fini, et privilégie la cohésion d’ensemble à la description minutieuse.

Analyse comparative / corpus voisin

Le tableau s’inscrit dans un ensemble de paysages provençaux où Breuillaud combine, de façon récurrente, une bande de végétation au premier plan et une ligne bâtie au-dessus, comme si le village surgissait d’un écran d’arbres. Cette manière de monter le motif par strates, plutôt que par une perspective détaillée, est caractéristique de sa phase de maturité : l’espace est construit par plans colorés, et non par un dessin préalable strict.

On retrouve également un contraste fréquent, dans ces années, entre la chaleur de la terre et la fraîcheur des verts, contraste renforcé ici par la densité du ciel. Par rapport à des vues plus ouvertes et lumineuses de la même veine, cette toile accentue la tension atmosphérique : la masse sombre du ciel donne au village une présence presque sculpturale, comme éclairée par une réserve de lumière.

Justification de datation et d'attribution

La datation vers 1940 est cohérente avec la synthèse formelle et chromatique observée : architecture réduite à des volumes clairs, végétation traitée en touches épaisses et en masses compactes, et organisation du paysage par grandes strates horizontales. Ces caractéristiques correspondent à une période où l’artiste privilégie la construction d’ensemble et la stabilité du motif.

La palette, faite d’ocres rouges, de verts assourdis et de gris bleutés, ainsi que le rapport très direct au terrain (premier plan largement brossé, sans pittoresque) s’accordent avec les paysages de la fin des années 1930 et du tout début des années 1940, où l’économie de moyens sert une lecture structurale du site.

Provenance / expositions / publications

Collection privée

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud