Fiche technique
- Titre : Pigalle la nuit (I)
- Date : 1954
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 130x89
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
En 1954, Breuillaud parvient à la fin de sa grande période urbaine montmartroise. Les marchés, les rues, les silhouettes du quotidien — si caractéristiques des années 1948-1953 — cèdent progressivement la place à une approche plus nocturne, introspective et saturée de réseaux. Pigalle devient un motif clé : non pas comme lieu réaliste, mais comme organisme de lignes, de néons, de façades fragmentées.
Pigalle la nuit I inaugure ce tournant. L’artiste y explore une dramaturgie lumineuse : contrastes de rouge incandescent et de bleu profond, verticales vibrantes, silhouettes suggérées dans la densité architecturale.
Description plastique / stylistique
La composition, extrêmement construite, s’organise autour d’un plan central oblique, comme une façade percée et réfléchissante. Les couleurs, intenses mais limitées, produisent un effet d’optique presque cinétique : alternances de fenêtres vertes, blocs rouges, zones bleu cobalt.
La touche est nerveuse, rapide, mais contenue dans un réseau très strict de lignes directrices. Les diagonales, nombreuses, recréent un mouvement urbain interne — circulation, lumières d’enseignes, ombres de passants.
La figure humaine est réduite à des indices : silhouettes tronquées, fragments de gestes, masses noires. La ville absorbe les corps.
Par rapport aux compositions de 1953, le passage à la nuit transforme l’espace en grille respirante, non plus en scène. La lumière devient matière.
Analyse comparative / corpus voisin
Pigalle la nuit I est plus dramatique, plus éclatée que Pigalle la nuit II.
I = tension chromatique, diagonales, luminosité rouge-bleu.
II = verticalité, intériorisation, palette assourdie.
Les deux œuvres fonctionnent comme un diptyque structurant, annonçant déjà les grandes synthèses abstraites de 1955-56 (MP3).
On y retrouve également des résonances avec les marchés (MP2M 1951), notamment dans le traitement fragmenté des foules, mais transposé dans un cadre beaucoup plus spectral.
Justification de datation et d'attribution
Le langage pictural, la palette, et la logique interne du cycle Pigalle confirment 1954 :
• continuité directe avec les expérimentations géométrisées de la Rue Lepic (1953),
• mais présence d’une tension lumineuse nouvelle, spécifique à ce moment de transition,
• cohérence technique avec Pigalle II.
Cette œuvre marque la fin du Livre I, à la lisière immédiate du MP3 des années 1955-1958.
Figure au Catalogue Michelle Philippon (1992), titré et daté.
Provenance / expositions / publications
Exposé à Bâle en 1956 Galerie THOMMEN
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
