Fiche technique
- Titre : Rotation
- Date : 1957
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 65x81 cm
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Le thème de la rotation traverse le travail de Breuillaud au milieu des années 1950, lorsque l’artiste cherche à traduire le mouvement comme principe autonome, détaché du motif. Après les ellipses et tourbillons de 1956, 1957 voit une radicalisation : la courbe n’est plus un simple cadre, elle devient une trajectoire. « Rotation » condense cette recherche : la composition n’est ni paysage ni scène, mais un dispositif dynamique où courbes et angles organisent une sensation de centripétisme et de relance, comme un mécanisme en tension. La diffusion d’une photographie en noir et blanc portant le numéro 57 en bas à droite, signalée dans la documentation, indique l’existence d’un classement ou d’un relevé d’atelier à cette date. Cet indice concorde avec l’intitulé et avec les préoccupations du peintre, alors attentif à la traduction plastique des forces (rotation, bascule, choc) plutôt qu’à l’identification d’un sujet.
Description plastique / stylistique
La composition est dominée par des arcs de cercle qui se superposent et se croisent, créant l’impression d’une roue, d’un compas en action, ou d’une trajectoire enregistrée. Des zones plus claires émergent comme des points d’impact, tandis que des segments anguleux interrompent le flux et introduisent des contre‑temps : l’œil est tantôt entraîné par la courbe, tantôt stoppé par une coupe nette. Dans la reproduction monochrome, le jeu de valeurs — du gris profond aux blancs vifs — met en évidence l’architecture du mouvement : les formes semblent s’enrouler autour d’un centre implicite, puis se relancer vers la périphérie. Les frottis et variations de densité suggèrent une matière travaillée par couches, avec des passages plus fondus et d’autres plus abrasifs, renforçant l’idée d’énergie. La sensation finale est celle d’une pulsation : alternance de tensions (traits, angles) et de relâchements (courbes, plages adoucies) qui donne au tableau une dynamique interne continue.
Analyse comparative / corpus voisin
« Rotation » prolonge directement les œuvres de 1956 centrées sur la dynamique (ellipses, tourbillons), telles que « Mouvement n°1 » (AB-MP1-1956-001) ou « Le mistral » (AB-MP1-1956-004), en radicalisant la réduction du motif : l’ovale et la courbe ne servent plus de cadre à une recomposition, ils deviennent le sujet même. Par rapport aux compositions urbaines de 1956–1957, l’œuvre se situe du côté d’une abstraction plus « énergétique », où l’espace est produit par la trajectoire et non par l’empilement des plans. Elle peut aussi être rapprochée des recherches où Breuillaud explore des mouvements de balancier et des diagonales d’entraînement : ici, ces vecteurs sont absorbés dans une logique circulaire, comme si la surface du tableau enregistrait un mouvement continu, sans origine ni fin. Cette pièce apparaît ainsi comme un jalon charnière vers des travaux plus rythmiques et structurels de la fin des années 1950.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1957 est confortée par la cohérence stylistique avec les expérimentations de mouvement observées entre 1956 et 1957 : accent sur les arcs, circulation interne, et réduction des indices figuratifs. L’œuvre est signée en bas à droite, en blanc, conformément à la mention documentaire. La photographie d’atelier (noir et blanc) portant le numéro 57 constitue un indice supplémentaire en faveur de la datation et de l’inscription de l’œuvre dans le corpus de Breuillaud. L’ensemble des caractéristiques formelles (vocabulaire de courbes, contrastes de valeurs, rôle des coupes anguleuses) est pleinement compatible avec son écriture de cette période.
Provenance / expositions / publications
Provenance : Collection privée.
Publications : Photo en noir et blanc portant le numéro 57 en bas à droite (documentation d’atelier).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
