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Composition organique (1960)

AB-MP3-1960-002 Composition organique

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Datée de 1960, cette feuille appartient à un moment où André Breuillaud poursuit l’exploration d’un langage organique dégagé de la représentation directe. Après les paysages construits du milieu des années 1950, l’artiste déplace progressivement son attention vers des formes internes, flottantes, parfois proches du végétal, du minéral ou du cellulaire.

Le pastel joue ici un rôle essentiel : il ne sert pas seulement à colorer le motif, mais à installer une atmosphère. La poudre, les frottements et les transparences produisent une image légère, comme en suspension, où le papier demeure perceptible sous la couche colorée. L’œuvre ne décrit plus un lieu identifiable ; elle propose un espace mental, à la fois clair, diffus et traversé de signes.

Description plastique / stylistique

La composition, de format horizontal, est organisée comme un champ ouvert. Aucune figure centrale ne domine : le regard circule entre plusieurs foyers, marqués par des formes sombres, verticales ou ovoïdes, qui ponctuent la surface comme des noyaux, des semences ou des présences en germination.

Le fond, très lumineux, associe des jaunes pâles, des gris bleutés, des ocres et des roses affleurants. Ces tonalités ne forment pas un décor, mais une matière atmosphérique dans laquelle les formes apparaissent et se dissolvent. Des lignes fines, parfois nervurées, relient les éléments entre eux et dessinent un réseau souple, presque végétal.

Les contours ne sont jamais rigides. Ils se construisent par frottement, par superposition et par effacement. Cette instabilité donne à l’œuvre sa qualité propre : les formes semblent à la fois dessinées et en train de se défaire, comme si Breuillaud cherchait moins à fixer une image qu’à rendre visible un processus de naissance, de circulation et de métamorphose.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette œuvre prolonge les recherches organiques engagées à la fin des années 1950, notamment dans les pastels où Breuillaud travaille par réseaux, membranes et noyaux colorés. Par rapport à des compositions plus structurées de 1959, la feuille de 1960 paraît plus diffuse et plus respirante : la trame existe encore, mais elle se fond davantage dans la lumière du papier.

On y retrouve un vocabulaire de formes suspendues, déjà éloigné de la construction paysagère, mais pas encore entièrement refermé sur l’imaginaire sombre et dense de certaines œuvres ultérieures. Le pastel permet ici une écriture plus aérienne : les masses ne s’imposent pas par leur poids, mais par leur vibration. Les formes sombres jouent le rôle de points d’ancrage, tandis que les zones claires maintiennent une impression d’ouverture.

Dans le corpus MP3, cette feuille peut être considérée comme une étape importante vers une abstraction organique pleinement assumée. Elle conserve une mémoire du paysage — ramifications, circulation, profondeur légère — tout en transformant ces éléments en signes autonomes.

Justification de datation et d'attribution

La datation est confirmée par l’inscription « 60 » visible en bas à gauche, tandis que la signature en bas à droite rattache directement l’œuvre à André Breuillaud. La technique du pastel sur papier, la gamme claire et la structure en formes organiques correspondent pleinement aux recherches de l’artiste autour de 1959-1960.

L’attribution est également soutenue par plusieurs éléments stylistiques caractéristiques : la fusion du dessin et de la couleur, l’usage de formes biomorphiques flottantes, la présence de noyaux sombres dans un espace clair, et cette volonté de transformer le motif en réseau vivant plutôt qu’en image descriptive.

Provenance / expositions / publications

Collection privée

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud