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Tête dans la lumière (1965)

AB-MP3-1965-006 Tête dans la lumière

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Tête dans la lumière occupe une place singulière dans la production de 1965 : alors que la plupart des œuvres MP3 de l’année privilégient le noir et blanc sur papier, Breuillaud revient ici au grand format et à la couleur, comme si l’expérience des planches intérieures devait soudain se projeter sur la toile. La peinture condense une étape de réouverture : l’univers matriciel élaboré en 1963–1964 ne disparaît pas, mais se transforme en théâtre, en polyphonie de scènes imbriquées. L’œuvre apparaît ainsi comme une charnière, déjà tournée vers les expansions chromatiques et symboliques de 1966–1967.

Description plastique / stylistique

La composition se déploie sur un fond orange incandescent, traversé de cadres et de feuillets peints qui s’emboîtent comme des images superposées. À gauche, une tête monumentale, ovoïde, domine l’espace ; son œil, isolé et brillant, agit comme un foyer de regard et de lumière. Au centre, un corps féminin disloqué, aux volumes charnels modelés par des tons rosés et ocrés, se contorsionne dans une chorégraphie presque centrifuge, tandis qu’une multitude de petits êtres larvaires et de fragments figuratifs prolifèrent sur les bords et au bas de la toile. Dans la zone arrière, un paysage nocturne violet se découpe, surmonté d’un disque solaire barré d’un X, signe de tension qui oppose une rigueur symbolique à la fluidité organique. La matière, granuleuse et vibrante, laisse affleurer des passages plus sombres qui servent d’appuis : poches noires, silhouettes creusées, éclats verdâtres. L’ensemble fonctionne comme une scène de mutation où les figures semblent à la fois naître et se dissoudre dans la lumière chaude qui les enveloppe.

Analyse comparative / corpus voisin

Tout en retrouvant la polychromie, la toile conserve des principes structuraux propres à MP3 : amas de figures intriquées, circulation interne, coexistence d’un dehors et d’un dedans. Elle peut se lire comme une contrepartie monumentale de L’espace intérieur (AB-MP3-1965-005) : ici, l’intérieur s’extériorise et se fragmente en tableaux enchâssés. La présence de masques, de corps interrompus et de signes solaires annonce les grandes compositions plus « cosmiques » de 1966–1967, tandis que la tête dominante fait écho, sur un mode amplifié, aux apparitions hiératiques entrevues dans Nuit de nacre (AB-MP3-1965-004). Par son dispositif de mise en abyme, l’œuvre réintroduit une dimension narrative rare dans ce moment, sans quitter la logique organique de la série.

Justification de datation et d'attribution

La datation en 1965 est étayée par la cohérence stylistique avec les travaux MP3 de la même année, notamment la texture granuleuse et le modelé charnel déjà présents sur papier, ici transposés à grande échelle. La gamme orange, violette et ocrée, ainsi que l’insistance sur les signes (disque barré, cadres internes), signalent une phase de réémersion qui prépare directement 1966. La signature visible sur la toile, jointe à cette correspondance formelle avec le corpus, confirme l’attribution à Breuillaud.

Provenance / expositions / publications

Reproduit dans Pillement, Visages du Monde, 1967 (planche couleur XI). Collection privée.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud