Fiche technique
- Titre : L’âtre
- Date : 1955
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 114 x 146 cm
- Localisation : Collection privée *
Contexte biographique / historique
Au moment où sa peinture s’oriente vers des constructions de plus en plus abstraites, Breuillaud continue de revisiter des thèmes domestiques : l’intérieur, la table, la chaleur du foyer. « L’âtre » peut être compris comme une scène de mémoire, où l’espace de la maison sert de laboratoire à la fragmentation des plans.
Le choix d’une image en valeurs (reproduction ancienne ou photographie d’archive) rappelle que certaines œuvres de cette période sont connues par documentation. Cela renforce l’intérêt de la notice : il s’agit de restituer la logique de composition plutôt que la seule sensation colorée.
Description plastique / stylistique
La composition est structurée par un grand ovale central qui agit comme un cadre dans le cadre : une « fenêtre » intérieure, un dispositif de focalisation. À l’intérieur de cet ovale, l’espace se construit par blocs et angles, convergeant vers une zone plus sombre qui évoque le foyer, l’ouverture de l’âtre ou un manteau de cheminée.
Deux silhouettes latérales, à gauche et à droite, semblent border la scène. Elles ne sont pas individualisées : la figure est réduite à des volumes, des pans, des aplats, comme si l’humain devenait un élément d’architecture. Les diagonales et les verticales se répondent, et la scène se lit autant comme un plan que comme un récit.
Le traitement en valeurs accentue la dureté des arêtes et le jeu des superpositions. Les contrastes, plus que le modelé, organisent la lisibilité : zones de densité, plages claires, passages intermédiaires. Cette économie rapproche l’œuvre d’une pensée du collage, où les fragments s’ajustent par tension.
Analyse comparative / corpus voisin
« L’âtre » dialogue avec les intérieurs et scènes de table antérieurs, mais en radicalise la construction. Là où les œuvres du début des années 1950 maintiennent un repère narratif, ici le sujet devient prétexte à une architecture de plans. Le foyer n’est plus décrit : il est « posé » comme centre de gravité.
Dans le corpus, l’ovale central constitue un motif remarquable : il annonce certaines recherches ultérieures sur le seuil, la niche, l’ouverture lumineuse, qui reviendront sous forme de fenêtres, d’arcs ou de réserves. On retrouve aussi la volonté de faire coexister présence humaine et espace construit, au profit d’une scène presque cérémonielle.
Cette peinture peut enfin être rapprochée des compositions abstraites contemporaines : la logique de facettes, l’empilement des plans et la hiérarchie des contrastes préparent le passage à des œuvres où le sujet disparaît tout en conservant une ossature « d’intérieur ».
Justification de datation et d'attribution
La datation à 1955 est compatible avec la phase de recomposition structurale : fragmentation accrue, réduction de la figure à des volumes, et centralité d’un dispositif (ovale/foyer) comme organisateur. La cohérence d’ensemble avec les autres œuvres du milieu des années 1950 milite pour cette place dans le corpus.
L’attribution se fonde sur la manière de construire par facettes et sur la syntaxe spatiale propre à Breuillaud. La documentation mentionnant l’œuvre et sa reproduction renforce cette attribution.
Provenance / expositions / publications
Collection privée *.
Publication : mention et/ou reproduction dans le catalogue Pillement (1967) *.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
