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Mosaïque d'ocre (1955)

AB-MP4-1955-008 Mosaïque d'ocre

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Datée de 1955, cette vue de Caromb s’inscrit dans un ensemble de travaux provençaux où André Breuillaud revient au motif du village, non pour en donner une description topographique, mais comme un prétexte à une organisation de plans. Ici, l’artiste associe un tracé à l’encre — parfois laissé volontairement « vivant » et ponctué de coulures — à des lavis d’aquarelle. Le choix de l’aquarelle, plus rare chez lui que le pastel, autorise une transparence et une légèreté particulières, d’autant plus sensibles sur un papier extrêmement fin : la couleur se dépose en voiles, se diffuse, et laisse au blanc du support un rôle actif dans l’équilibre de l’image.

Description plastique / stylistique

La composition présente le village comme un entrelacs de volumes : toits, façades et pans de murs s’imbriquent en une mosaïque de rectangles, trapèzes et triangles. Une tour-clocher verticale, à peine accentuée, sert de pivot et organise les décrochements des lignes de fuite. Le dessin à l’encre constitue l’armature de l’image : un réseau de traits souples mais décidés cerne les formes, relie les plans et laisse parfois apparaître des coulures ponctuelles qui rythment la surface.

L’aquarelle se déploie ensuite en plages transparentes, dominées par des ocres, terres rosées et gris chauds, avec quelques refroidissements bleutés et verts dans les ombres et les passages intermédiaires. Le papier fin favorise des effets de diffusion et de tache : les lavis s’y déposent en voiles, sans surcharge de matière, laissant respirer la lumière du support. L’ensemble produit une image volontairement épurée, où la sensation du lieu naît moins du détail descriptif que de la justesse des rapports de plans et de tonalités.

Analyse comparative / corpus voisin

Comparée aux paysages de Breuillaud traités à l’huile ou au pastel — souvent plus charnels, travaillés par superpositions et frottis — cette feuille se distingue par une recherche d’“architecture” : le village est pensé comme un assemblage de formes élémentaires, presque un relevé mental du motif. La primauté accordée à la ligne d’encre, puis au lavis, rapproche l’œuvre d’une démarche de simplification constructive : l’espace est édifié par la découpe des plans, non par le modelé.

Cette économie n’est pas un appauvrissement, mais un changement de registre. Là où le pastel permet d’amplifier les vibrations colorées, l’aquarelle, ici, vise un rendu plus aérien et lumineux, capable de suggérer la chaleur des murs et la poussière des ocres sans épaissir la surface. Caromb devient ainsi un motif de synthèse : une ville réduite à ses rapports de masses, tout en conservant une tonalité provençale immédiatement lisible.

Justification de datation et d'attribution

La date “55”, portée avec la signature en bas à gauche, fournit un repère direct et cohérent avec la tenue stylistique de l’ensemble : simplification des volumes, dessin structurant et usage de lavis transparents. L’accord entre l’écriture linéaire, la palette chaude et la volonté de synthèse rattache solidement l’œuvre au corpus provençal de Breuillaud au milieu des années 1950. L’absence d’inscription au verso n’altère pas cette attribution, corroborée par la signature et par les caractéristiques plastiques de la feuille.

Provenance / expositions / publications

Collection privée*

Vente publique : Arles Enchères (Me Christelle Gouirand), 21/02/2026.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud