Fiche technique
- Titre : Derrière le rideau de la nuit
- Date : 1966
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 38 x 46 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1966, André Breuillaud approfondit la phase MP4, moment charnière où l’œuvre explore les zones d’opacité et les chambres profondes de l’inconscient formel. À côté des compositions incandescentes et des grandes masses polypiques, il met en place un ensemble nocturne en clair-obscur, où la lumière semble surgir de l’intérieur même des figures.
Derrière le rideau de la nuit s’inscrit dans cette recherche d’un « théâtre interne ». Le tableau met en scène l’apparition et la disparition des corps dans un espace privé de source lumineuse identifiable, comme si la visibilité se jouait à même la matière. Il s’agit moins d’une étude que d’une expérience de vision : éprouver la possibilité d’une figuration dans un monde d’ombre vibrante.
Description plastique / stylistique
La composition se construit autour d’une forme centrale bulbeuse, claire et dense, qui fonctionne comme un cœur lumineux. Cette masse, à la fois pierreuse et laiteuse, se détache sur un fond noir-gris profond, dont la texture semble veloutée, parfois brouillée, comme une nuit en suspension.
Autour de ce noyau, plusieurs figures se déploient et établissent un réseau dramatique. À gauche, un groupe de silhouettes aux bras levés, aux torses blanchis, réactive la mémoire des membranes antérieures tout en la durcissant dans une matière plus lourde. À droite, une figure verticale, en tension, présente un masque ou un objet nocturne sombre, véritable condensé d’opacité que la main exhibe. En bas, un corps retourné, partiellement dissous, sert de pivot au mouvement spiralé de l’ensemble. Les regards, souvent excentrés, renforcent la désorientation onirique, tandis que la lumière interne, émise par les corps eux-mêmes, lutte contre la gravité du fond.
Analyse comparative / corpus voisin
Par son format, sa palette et son principe de surgissement, l’œuvre entretient un dialogue immédiat avec Composition pour les ténèbres, dont elle partage la même économie monochrome. Ici toutefois, la mise en scène est plus théâtrale : les figures interagissent, se répondent, et la composition gagne en dynamique.
Dans la continuité du corpus MP4, le tableau condense, en miniature, des idées que l’on retrouvera amplifiées dans les grandes synthèses de 1966 : cœur central, organisation tentaculaire des corps, tension entre apparition blanche et fond matriciel. Le vocabulaire MP3 s’y trouve transformé : la membrane devient roche, la transparence devient résistance, le rêve se convertit en nuit.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1966 est assurée par l’inscription « 66 » visible sur l’œuvre et par sa cohérence stylistique avec le premier segment MP4 : corps flottants, lumière interne, clair-obscur sculpté, matière travaillée par frottement et dépôt.
L’attribution à Breuillaud est confirmée par la concordance de ces traits avec le corpus documenté et par la présence de l’œuvre dans le catalogue Pillement (1967).
Provenance / expositions / publications
Reproduit dans le catalogue Pillement, 1967.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
