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Identité des règnes (1966)

AB-MP4-1966-006 Identité des règnes

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Réalisée en 1966, Identité des règnes appartient au moment d’ampleur maximale du cycle MP4, lorsque Breuillaud cherche à condenser, sur de grands formats, une cosmogonie où l’humain, l’animal et le végétal cessent d’être des catégories séparées. Après des recherches plus resserrées et souvent travaillées en valeurs, l’artiste réintroduit ici une couleur totale, flamboyante, au service d’une vision d’ensemble. Le titre souligne cette ambition : il ne s’agit pas de décrire des êtres distincts, mais d’affirmer une continuité, une « identité » profonde qui traverse les règnes et rend possible leurs métamorphoses.

La reproduction signalée au Catalogue Pillement (1967) confirme l’importance accordée à cette toile au sein du noyau MP4 de l’année. Son format et sa densité iconique s’inscrivent dans une séquence où Breuillaud agrandit l’échelle de ses compositions et substitue au motif isolé une organisation systémique, faite de filiations, de greffes et de passages d’une forme à l’autre.

Description plastique / stylistique

La composition s’érige sur une verticalité fortement orchestrée, comme une colonne vivante inscrite dans un encadrement violet sombre. Le champ central, saturé de présences, est traversé par de grands corps rouges et orangés aux membres souples, parfois hypertrophiés, qui s’arc-boutent, se suspendent ou se retournent, tandis que des formations vertes, en grappes et en tiges, colonisent l’axe médian. À ces masses charnelles répondent des formes plus pâles, blanchies ou ivoirées, disposées comme des relais de respiration au milieu de la densité.

L’espace ne relève pas d’une perspective mais d’un feuilletage : masques, têtes, organes et fragments de corps s’imbriquent et se superposent, chacun gardant une autonomie d’emblème. La matière varie entre empâtements localisés, frottis veloutés et traits nerveux qui cerclent les contours sans les clôturer. Cette instabilité maintient les figures dans un état de devenir : les silhouettes semblent dériver les unes des autres, comme si la toile figurait un réservoir commun d’où naissent, s’altèrent et se répondent des identités multiples.

Analyse comparative / corpus voisin

Par son ambition et son échelle, Identité des règnes se rapproche de Le jardin des masques (MP4-1966-007), avec lequel elle partage la profusion figurale et l’idée d’un espace matriciel. Là où Le jardin des masques privilégie une dynamique plus théâtrale et circulatoire, Identité des règnes se concentre sur une poussée verticale, presque arborescente, qui insiste davantage sur la fusion des règnes que sur la mise en scène d’un « théâtre » de la métamorphose.

En regard de Limbes (MP4-1966-002), dominé par la densification et la saturation, cette toile choisit la diversité des contrastes et une distribution plus articulée des masses, opposant les rouges périphériques aux ascendances vertes et aux points d’éclaircissement central. Elle prolonge enfin des acquis de MP3 (1964–1965) — torsions, silhouettes flexibles, principe du masque multiple — tout en les reconfigurant dans une architecture plus monumentale, comme si le vocabulaire organique se redressait et se structurait en totem.

Justification de datation et d'attribution

La datation à 1966 est confortée par la reproduction au Catalogue Pillement (1967) et par la cohérence stylistique avec le langage MP4 de cette année : polychromie intense, réseaux de corps rouges structurants, prolifération de formes-masques et articulation d’un espace matriciel. La construction verticalisée, la coexistence des registres chromatiques et la facture mêlant frottis et empâtements situent l’œuvre au plus près des grandes compositions contemporaines, et soutiennent son attribution à André Breuillaud sans réserve.

Provenance / expositions / publications

Reproduite dans le Catalogue Pillement (1967).

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud