Fiche technique
- Titre : Formes ascendantes
- Date : 1967
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 198 x 100 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1967, Breuillaud poursuit l’essor monumental amorcé l’année précédente et adopte la grande verticalité comme structure privilégiée de ses visions organiques. Dans cette phase MP4 tardive, les figures ne se disposent plus selon une narration, mais selon des dynamiques internes : flux, montée, pression, migration des formes. Formes ascendantes appartient à ce moment de bascule où l’artiste, tout en restant fidèle à l’imaginaire des membranes et des métamorphoses, tend déjà vers des organisations plus lisibles, presque arborescentes, qui annonceront les réseaux à venir. La toile propose ainsi une image de passage : non pas une scène, mais un mouvement continu où les corps et les visages semblent franchir des seuils dans une obscurité cosmique.
Description plastique / stylistique
La composition s’organise autour d’un axe vertical clair qui traverse la toile comme une colonne vivante. Dans ce flux central, des formes vertes et jaunes, translucides, se superposent en silhouettes étirées, à la fois humaines et larvaires, dont les yeux ponctuent la montée. Des têtes isolées, rouges ou brunies, apparaissent par endroits comme des stations dans l’ascension, tandis qu’à la périphérie des figures plus sombres — bleus profonds, violets, noirs — se tiennent à demi effacées, prises dans la pénombre. Le dessin, fait de lignes ondulantes et de contours serpentins, enchaîne les corps les uns aux autres : les membres s’allongent, se nouent, puis se dissolvent dans des nappes de couleur. La matière picturale, travaillée en transparences et en reprises, laisse percevoir des rémanences chromatiques qui accentuent l’impression d’une montée lente, comme si la lumière acide émergeait progressivement de la nuit.
Analyse comparative / corpus voisin
Formes ascendantes se comprend comme l’un des grands panneaux verticaux de 1967, en regard des compositions matricielles de même période. Par sa logique de colonne et de flux, l’œuvre constitue un contrepoint au Creuset du monde (AB-MP4-1967-001), où la fusion se fait par densité et combustion : ici, la transformation s’exprime par élongation et par glissement vers le haut. La toile prolonge également la recherche de verticalité monumentale engagée en 1966 (notamment AB-MP4-1966-006), tout en introduisant une organisation plus resserrée du champ : le fond nocturne devient un espace d’absorption qui met en relief la montée des êtres. Cette clarification relative, sans rompre avec la prolifération MP4, prépare l’attention nouvelle portée aux structures de réseau et aux tendances pré-cellulaires qui s’affirmeront après 1967.
Justification de datation et d'attribution
La datation 1967 et l’attribution à Breuillaud sont cohérentes avec l’ensemble des critères plastiques observables. La palette — verts acides et jaunes opalins sur fond bleu-violet — correspond aux recherches lumineuses de cette année, tandis que la ligne serpentine, la fusion des silhouettes et la présence de visages enchâssés relèvent du vocabulaire MP4 tardif. L’œuvre ne présente pas encore la segmentation en modules ou en réseaux cellulaires caractéristique de 1968–1970, mais elle montre déjà une tendance à l’organisation en tronc et ramifications, ce qui la situe précisément dans l’année pivot 1967. L’ensemble des éléments concorde avec une œuvre de maturité, entièrement compatible avec la main et la logique de série de l’artiste.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
