Fiche technique
- Titre : Univers sibyllin
- Date : 1970
- Technique : Huile sur toile (HST)
- Dimensions : 73 × 100 cm
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
En 1970, Breuillaud porte à un degré extrême la densité de sa période MP4 : les grandes toiles rouges prolongent l’élan incandescent amorcé à la fin de 1969, tout en resserrant l’espace en une chambre close où les corps paraissent pris dans une matière consciente. Parallèlement, l’artiste poursuit ses encres et pastels, mais Univers sibyllin représente ici le versant tellurique et gravitationnel, celui d’un monde qui se compacte et se charge. L’œuvre s’inscrit dans l’ensemble des pièces documentées autour de l’exposition de 1972, moment où cette phase « magma organique » est pleinement affirmée.
Description plastique / stylistique
La toile est gouvernée par un rouge-magma, brun et sanguin, parcouru de pulsations orangées et de zones noirâtres qui font varier l’intensité du champ comme une respiration. Au centre, une zone plus lumineuse organise un tourbillon de formes semi-figuratives : torses, têtes et bustes se fondent, se superposent et s’agrègent, tandis que des yeux disséminés et des membres en torsion animent la surface. Deux visages bleu-noir, placés en contrepoint, refroidissent la scène et introduisent une fracture psychique, comme des seuils dans la fusion générale. Le dessin interne – filaments, lignes nerveuses, micro-gestes – demeure très présent et semble lutter pour maintenir une articulation au sein de la matière rouge, donnant à l’ensemble une qualité d’oracle : un espace clos où les formes murmurent davantage qu’elles ne racontent.
Analyse comparative / corpus voisin
Par sa logique de caverne vivante et par la prolifération d’yeux et de corps fondus, Univers sibyllin se rapproche des compositions MP4 antérieures marquées par des scènes de limbes, notamment AB-MP4-1966-002 (Limbes), mais avec une incandescence rouge portée ici à une maturité plus grave. Par rapport aux œuvres de 1969, la toile réduit les zones d’aération et accentue l’agrégation des formes ; elle annonce certaines « têtes fondues » et densifications du début des années 1970, tout en conservant encore un relief et une chaleur propres au tournant 1969–1970.
Justification de datation et d'attribution
La datation en 1970 se fonde sur la présence d’une signature chromatique caractéristique – rouge saturé, contrepoints bleu-nuit, réseau de lignes nerveuses – et sur une construction circulaire fréquente dans les formats moyens de cette année. La cohérence entre fusion organique, densité extrême et ponctuations froides distingue l’œuvre des phases plus liquides et lumineuses ultérieures. L’inscription « 70 » signalée sur la toile, jointe à la mention dans une publication de 1972, confirme l’ancrage chronologique et l’attribution.
Provenance / expositions / publications
Catalogue Michelle Philippon (1972).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
