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Capillarités nerveuses (1970)

AB-MP4-1970-006 Capillarités nerveuses

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1970, parallèlement aux grands formats à l’huile où la matière s’épaissit et où la couleur se charge d’une intensité dramatique, André Breuillaud mène sur papier une recherche plus légère et plus immédiate. Les pastels de ce moment fonctionnent comme des laboratoires internes : ils mettent à nu la circulation du contour, la manière dont les figures se constituent en réseaux et comment la tache colorée peut devenir un milieu, plutôt qu’un fond. Dans ce champ d’expérimentation propre à la phase MP4, l’œuvre éclaire une pensée “anatomique” de la forme, débarrassée de la densité pigmentaire de la toile, et se situe dans une proximité d’esprit avec les études contemporaines comme AB-MP4-1970-003.

Description plastique / stylistique

La composition s’organise comme un plan unique, sans horizon, où des organismes hybrides semblent flotter dans une atmosphère diffuse. Un tracé noir, souple et continu, dessine des silhouettes étirées, des têtes ovoïdes ou circulaires, des membres repliés, des fragments de visages et de petites cellules périphériques ; le trait relie, plutôt qu’il n’enferme, et produit l’impression d’une charpente nerveuse courant sous la surface. Au centre-gauche, une grande tête ronde, aux traits multipliés, s’incline comme si elle pivotait dans l’espace, tandis qu’à droite un masque animal, muni de vibrisses, fait face à un ensemble de petites figures schématiques. Une forme rayonnante, rouge et sombre, éclate près du registre supérieur, comme une impulsion organique qui perturbe le réseau. La couleur, posée en nappes de pastel d’ocre, de brun, de vert et de violet, ne décrit pas des volumes ; elle baigne les formes et les traverse, créant un milieu cellulaire où les contours se dilatent et se fondent. La lecture se fait par capillarité : l’œil circule d’un organisme à l’autre, suivant les connexions du dessin et les variations de densité chromatique.

Analyse comparative / corpus voisin

Par sa logique de flottement, ses formes ovoïdes et la cohabitation d’un contour structurant avec une couleur diffuse, ce pastel s’inscrit au plus près des recherches sur papier de 1970, en dialogue avec AB-MP4-1970-003 et, à une autre échelle, avec les pastels cartographiques de la même année. Il prolonge aussi, en les allégeant, certaines études matricielles antérieures, tout en annonçant l’essor des encres plus fluides où la figure tendra à se dissoudre dans une biomorphie quasi abstraite.

Justification de datation et d'attribution

La datation vers 1970 s’appuie sur plusieurs indices concordants : la gamme légèrement brunie, traversée de verts froids et de violets, la construction en réseau de figures fragmentées, l’absence de grandes membranes circulaires pleinement stabilisées telles qu’elles s’imposeront ensuite, et surtout le fonctionnement en “plan flottant” caractéristique des travaux sur papier de ce millésime. La présence d’un tracé à l’encre très fin, qui organise sans fermer, correspond également au moment où Breuillaud teste la membrane comme ligne et comme circulation plutôt que comme surface constituée.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud