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Dérive continentale organique (1970)

AB-MP4-1970-007 Dérive continentale organique

Fiche technique

Contexte biographique / historique

En 1970, Breuillaud se trouve dans une phase d’aboutissement de la MP4, où l’espace se pense en membranes, en circulations et en dérives internes. À côté des huiles de grand format, plus saturées et plus dramatiques, il développe une série de pastels de dimension importante qui donnent une lecture plus lisible de la logique cellulaire : le papier devient un support de cartographie, un champ de navigation où se déploient des plans d’existence simultanés. Dans ce corpus, l’œuvre se présente comme un nœud structurant, condensant l’idée d’un monde organique en expansion et en archipels.

Description plastique / stylistique

La surface s’ouvre sur un fond très sombre, presque nocturne, contre lequel se détache une grande organisation vert-bleutée. Au centre, une membrane circulaire ample, semi-transparente, joue le rôle de noyau : elle contient des micro-scènes, des corps imbriqués, des embryons de figures, des fragments de profils, comme si l’image se fabriquait à l’intérieur d’une sphère-matrice. Autour de ce centre, la composition se fragmente en masses et en îlots : à gauche, un “continent” aux bords phosphorescents accueille une silhouette élancée et plusieurs signes oculaires ; à droite, une grande tête-continent, aux yeux alourdis, s’avance vers le spectateur, tandis que des formes secondaires dérivent en périphérie, telles des satellites. Le trait noir, nerveux et précis, circule d’une zone à l’autre, hiérarchise les couches et maintient un équilibre entre dessin et couleur : il indique des passages, des traversées, des lignes de force, sans refermer totalement les contours. La palette articule des bleus profonds et des verts acides avec des infiltrations d’ocre et d’orangé, produisant une lumière interne qui semble irradier depuis les membranes plutôt que d’un éclairage extérieur. L’ensemble se lit comme une carte vivante, où la dérive des formes équivaut à un déplacement des plaques dans un espace biologique.

Analyse comparative / corpus voisin

Cette cartographie organique se rapproche des recherches de 1970 sur l’expansion et la mise en réseau, en particulier AB-MP4-1970-006 et AB-MP4-1970-003, tout en amplifiant l’échelle et la complexité des “plans” visibles. Par rapport aux huiles contemporaines, plus verticales et plus gravitationnelles, le pastel privilégie une vue en surplomb et une écriture quasi scientifique, comme si le monde MP4 était observé dans sa structure plutôt que dans sa poussée dramatique. La multiplication des satellites et l’articulation des archipels contribuent à singulariser la pièce dans la série des pastels de 1970.

Justification de datation et d'attribution

La datation à 1970 est confortée par la combinaison d’un grand format sur papier et d’une membrane principale bleue-verte, typique des pastels de cette année, ainsi que par la coexistence très équilibrée du trait à l’encre et des couches de pastel. Les morphologies récurrentes — têtes ovoïdes, organismes tentaculaires, micro-scènes enchâssées — correspondent aux études préparatoires et variations du cycle MP4 au même moment, tandis que la présence de petites cellules périphériques, traitées comme des satellites, renforce l’ancrage dans ce millésime.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud