Fiche technique
- Titre : Non titré
- Date : 1970
- Technique : Pastel
- Dimensions : 50 x 65
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
L’année 1970 compte parmi les plus denses de la carrière de Breuillaud : elle voit coexister de grandes huiles très saturées et, en parallèle, une série de travaux sur papier où la couleur et le trait gagnent en autonomie. Ces pastels, plus ouverts et plus “respirants”, permettent de suivre la logique expansionnelle du monde MP4 sous une forme moins compacte, mais souvent plus incandescente dans sa circulation interne. L’œuvre s’inscrit dans ce versant énergique du millésime, où la surface devient un champ de chaleur et de métamorphoses.
Description plastique / stylistique
La composition est portée par une dominante rouge-orangé qui envahit l’espace en nappes stratifiées, comme des feux lents ou des circulations souterraines affleurant à la surface. Dans ce climat thermique émergent des figures biomorphiques : têtes ovoïdes aux yeux très ouverts, corps serpentinés, silhouettes repliées, fragments d’animaux ou de profils, autant de présences qui apparaissent puis se résorbent dans la matière. Une forme centrale, plus claire, allongée, se détache comme une entité dressée au milieu d’un enchevêtrement de zones sombres, tandis qu’un cercle supérieur accueille une scène embryonnaire, suspendue dans une poche plus froide. Le dessin, incisif et souple, ne se contente pas de contourner : il déclenche des micro-mouvements, connecte des fragments éloignés et ouvre des profondeurs dans un espace pourtant frontal. Le pastel travaille par superpositions et frottis, alternant passages veloutés et densités plus sombres ; des contrepoints bleu-vert et turquoise traversent la chaleur et installent une tension chaud/froid particulièrement active. L’ensemble donne l’impression d’un organisme en mutation, où les formes se construisent par collisions, coulures et reprises plutôt que par stabilité des volumes.
Analyse comparative / corpus voisin
Par sa structure dispersée et sa logique de membranes ponctuelles, l’œuvre peut être rapprochée d’AB-MP4-1970-003 et d’AB-MP4-1970-007, tout en s’écartant de leurs organisations plus cartographiques. Ici, l’accent est mis sur l’incandescence et la fragmentation, avec une dramaturgie de la surface qui évoque, dans le médium du pastel, les noyaux les plus chargés du corpus de 1970. La pièce se distingue ainsi par une énergie plus pulsionnelle, moins “atlas”, et par une intensification du contraste entre zones brûlées et contrepoints refroidis.
Justification de datation et d'attribution
La datation à 1970 est étayée par l’usage du pastel en couches superposées, dans une gamme de rouges brûlés et d’ocres en nappes, très caractéristique de ce millésime, ainsi que par les morphologies récurrentes du cycle MP4, notamment les têtes ovoïdes et les figures en suspension. La présence de réseaux de lignes à l’encre, qui organisent sans figer, correspond au moment où Breuillaud expérimente la membrane comme principe de circulation plutôt que comme enveloppe stable ; la signature visible sur le bord inférieur renforce l’inscription de la feuille dans les œuvres sur papier de 1970.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
