Fiche technique
- Titre : Autoportrait (20 mai 1952)
- Date : 1952
- Technique : Encre sur papier
- Dimensions : Non connues
- Localisation : Inconnue
Contexte biographique / historique
L’œuvre se présente comme un portrait en noir, exécuté au trait et par hachures sur un support papier aujourd’hui légèrement jauni, avec des plis et marques d’usage visibles. La signature et la date manuscrite “20 mai 1952” apparaissent en bas à droite, indiquant un ancrage chronologique précis. Les dimensions ne sont pas renseignées à ce stade et la localisation actuelle est donnée comme inconnue.
Daté de 1952, cet autoportrait s’inscrit dans un moment où Breuillaud semble privilégier une figuration directe, sans décor, concentrée sur l’essentiel : la présence. Le choix du noir et blanc, la rapidité apparente du tracé, et la décision de laisser une grande part du papier “respirer” suggèrent un exercice de synthèse plutôt qu’une recherche de ressemblance photographique. Il s’agit moins de se “décrire” que de se construire en formes, par plans, angles, et valeurs.
Description plastique / stylistique
Le visage occupe la quasi-totalité de la feuille, cadré serré, comme saisi au plus près. La tête est vue de trois-quarts, légèrement tournée, avec une asymétrie assumée : L’œil gauche est marqué par un grand cercle qui évoque une monture de lunettes ou un monocle, motif graphique fort qui structure immédiatement la lecture. Le nez est traité en arête, presque architectural, par un réseau d’ombres triangulaires. La bouche, fermée, est dessinée avec sobriété : une ligne tendue, inscrite dans un menton fortement charpenté. La zone de la barbe et du bas du visage se densifie en hachures croisées ; le cou prolonge cette énergie par une trame plus appuyée encore, comme si la matière noire “tenait” la tête. La chevelure est rendue par masses sombres, à la fois disciplinées et nerveuses, avec des zones de noir compact alternant avec des passages plus aérés. Le fond demeure largement vierge : c’est le papier, et non un décor, qui fait “champ”. Construction et composition La composition repose sur une opposition très lisible : La ligne de contour, vive, parfois volontairement discontinue, qui découpe le visage et l’oreille. Le modelé par hachures, qui fabrique la lumière et surtout la profondeur. Breuillaud utilise les hachures comme des “plans” : elles ne servent pas uniquement à ombrer, mais à décomposer la forme. Les directions varient (obliques, croisées, parallèles), ce qui donne au visage une structure de facettes. Cette méthode rapproche l’autoportrait d’un portrait construit, presque sculptural, où la lumière n’est pas un effet naturaliste mais un outil d’architecture. Le grand cercle de l’œil gauche agit comme un pivot : il équilibre la masse sombre du front et de la tempe, et renforce la sensation d’un visage vu à travers un signe, comme si l’artiste affirmait une identité par l’accessoire optique autant que par les traits. Matière, rythme, écriture du trait Le trait est simultanément rapide et contrôlé. On perçoit une volonté de laisser visible l’“écriture” : certaines hachures sont brèves, presque griffées, d’autres forment des nappes plus patientes, notamment dans les ombres du visage, quelques lignes longues (épaule, contour du crâne) donnent une respiration et empêchent l’ensemble de se fermer. Cette alternance crée un rythme : le dessin passe du nerf (hachures tendues, anguleuses) au calme (zones de papier nu, courbes de contour). Le résultat est une image à la fois sévère et vivante, où l’on sent une présence intérieure plutôt qu’une pose. Lecture expressive L’expression est contenue : pas de sourire, pas d’anecdote. Pourtant, l’intensité vient du contraste entre : un regard capté et “tenu” par le cercle de l’œil, et une bouche réduite à une décision graphique, presque une retenue. Le visage apparaît comme un autoportrait de concentration : l’artiste se montre en travail, ou du moins dans un état d’attention. La frontalité du cadrage, très proche, renforce cette impression d’affrontement calme avec soi-même. Place dans l’évolution stylistique Par sa simplification en plans, cet autoportrait appartient clairement à une recherche de figuration libre, qui ne dépend pas d’un réalisme classique. La figure demeure identifiable, mais elle est portée par une logique de construction : angles du nez, facettage des joues, densification du cou. Cette manière d’organiser le visage en volumes et signes annonce une volonté de synthèse moderne, où l’identité se dit autant par la structure que par le détail. Le noir et blanc, ici, n’est pas un retrait : c’est une mise à nu. Sans couleur pour séduire, tout repose sur la justesse des rapports entre lignes, valeurs et vides.
État et lisibilité Le papier présente un vieillissement (teinte, plis). Ces marques n’altèrent pas la lecture : au contraire, elles rappellent le caractère d’atelier, immédiat, d’un autoportrait probablement réalisé comme exercice de présence et de mise au point.
Analyse comparative / corpus voisin
Par la simplification géométrique du visage, le recours aux hachures comme modelé et la frontalité du buste, cette feuille s’inscrit dans la série des recherches graphiques de Breuillaud au début des années 1950, où l’artiste confronte l’héritage cubiste à une écriture plus nerveuse et expressive.
Justification de datation et d'attribution
Plusieurs éléments vont dans le sens d’une attribution ferme : présence d’une signature cohérente, présence d’une date précise inscrite au dessin, cohérence stylistique : construction par plans, usage expressif des hachures, économie de moyens, primat de l’écriture. La datation “20 mai 1952” constitue un repère documentaire particulièrement solide, et fait de cette feuille un jalon utile pour situer la manière graphique de Breuillaud au début des années 1950.
Provenance / expositions / publications
Provenance, expositions et publications : non documentées à ce jour.
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
