Fiche technique
- Titre : Le Graveyron
- Date : 1949 (circa)
- Technique : Huile sur carton (HSC)
- Dimensions : Inconnues
- Localisation : Collection privée
Contexte biographique / historique
Cette vue du Graveyron, situé au dos comme « environs de Carpentras, Le Graveyron », appartient au groupe des paysages provençaux que Breuillaud reprend avec intensité à la fin des années 1940. L’artiste y observe les villages, les mas isolés, les lignes de cyprès et les reliefs du Comtat Venaissin non comme de simples motifs descriptifs, mais comme des structures plastiques capables d’organiser la couleur et la lumière.
Vers 1949, le paysage provençal devient pour Breuillaud un terrain de synthèse. Après les scènes plus narratives de l’immédiat après-guerre, il resserre ici son vocabulaire autour d’une construction par plans : maisons, toitures, cultures, haies, collines et ciel sont traités comme des masses coordonnées. La mention portée au dos fixe précisément le site, tandis que l’étiquette du Salon de l’Enclave, Valréas, 1956, indique que l’œuvre a été montrée ou présentée dans un contexte régional vauclusien, confirmant son inscription dans le corpus provençal de l’artiste.
Description plastique / stylistique
La composition adopte un point de vue légèrement dominant sur un ensemble de maisons et de jardins, placés devant une chaîne de reliefs bleus et violacés. Le premier plan est construit par une succession de chemins, parcelles et toitures qui forment une assise horizontale chaude. Au centre, les façades claires, jaunes et ocrées, accrochent la lumière ; elles sont ponctuées de petites ouvertures sombres et de toits rouges, roses ou mauves, dont les volumes simples donnent au village une présence presque architecturale.
La partie médiane est animée par des masses végétales sombres : haies, arbres et cyprès se détachent en silhouettes verticales ou compactes. Ces formes servent de contrepoids aux maisons et conduisent le regard vers les reliefs du fond. Les montagnes ne sont pas rendues de manière topographique : elles sont décomposées en grands pans bleus, bruns, violets et mauves, avec des rehauts orangés qui marquent les crêtes et les changements de lumière.
La touche reste visible, parfois nerveuse, posée en empâtements légers et en passages frottés. Elle donne à l’huile sur carton une vibration directe, sans perdre la lisibilité du motif. Le ciel bleu turquoise, largement ouvert, intensifie la profondeur mais participe aussi à l’aplatissement décoratif de l’ensemble : la scène oscille ainsi entre vue réelle et construction colorée. La signature est visible en bas à gauche.
Analyse comparative / corpus voisin
L’œuvre doit être rapprochée de AB-PR1-1949-001, Vue du Barroux à Caromb, qui appartient au même moment et au même ensemble de paysages provençaux. Les deux compositions partagent une organisation par registres : premier plan habité ou cultivé, masses sombres de cyprès et d’arbres, reliefs lointains traités en bandes colorées. Dans les deux cas, Breuillaud ne cherche pas une restitution pittoresque du site ; il transforme le paysage en architecture de plans et en équilibre chromatique.
Le Graveyron se distingue toutefois par un rapport plus proche et plus lumineux au motif. Là où Vue du Barroux à Caromb insiste sur la distance, le bourg perché et une atmosphère plus crépusculaire, cette œuvre installe le regard au niveau d’un village plus immédiatement habité : maisons, jardins et toitures occupent le devant de la scène. La palette y est également plus claire, plus méditerranéenne, avec des façades jaunes, des toits rouges et un ciel turquoise qui allègent l’ensemble.
Cette toile annonce les paysages provençaux plus structurés du début des années 1950, dans lesquels Breuillaud accentuera encore la simplification des volumes et le cloisonnement des plans. Elle conserve cependant une liberté de touche propre à la fin des années 1940 : la construction est déjà ferme, mais la matière demeure sensible, vibrante, attentive aux variations de lumière.
Justification de datation et d'attribution
La datation vers 1949 est cohérente avec la syntaxe des paysages PR1 : palette provençale opposant ocres, rouges et bleus profonds, simplification des volumes bâtis, reliefs construits en plans superposés, et rôle structurant des cyprès et masses végétales. Le rapprochement avec AB-PR1-1949-001 renforce cette proposition : même moment de recherche, même intérêt pour les villages du piémont provençal, même équilibre entre observation du site et construction synthétique.
L’attribution à André Breuillaud est soutenue par la signature visible en bas à gauche, par la mention au dos situant l’œuvre, et par la cohérence stylistique avec le corpus provençal de la fin des années 1940. L’étiquette du Salon de l’Enclave, Valréas, 1956, constitue en outre un élément documentaire important pour l’historique de l’œuvre.
Provenance / expositions / publications
Localisation actuelle : Collection privée.
Inscription au dos : « environs de Carpentras, Le Graveyron ».
Étiquette au dos : Salon de l’Enclave, 1956, Valréas (Vaucluse).
© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud
