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Christ en Croix (1950)

AB-PR1-1950-010 Christ en Croix

Fiche technique

Contexte biographique / historique

1950 marque, dans le corpus actuellement connu, un moment à part : Breuillaud aborde ici un sujet explicitement sacré, alors que ses thèmes habituels privilégient la figure profane, la scène chorégraphique ou la composition allégorique. L’œuvre s’inscrit dans le contexte du Salon d’Art Sacré organisé au Musée National d’Art Moderne, présenté du 29 novembre 1950 au 21 janvier 1951 sous le patronage de Jean Cassou, conservateur en chef du musée.

Cette participation, qui paraît isolée, coïncide avec une période où nombre d’artistes modernes sont sollicités pour renouveler l’iconographie religieuse : non par retour académique, mais par recherche d’une monumentalité et d’un langage formel adaptés à l’époque. Chez Breuillaud, le thème du Crucifié semble être un terrain d’expérimentation où le vocabulaire anguleux de la fin des années 1940 est mis au service d’une image frontale, resserrée, presque architecturée.

Description plastique / stylistique

La scène occupe tout le format vertical, sans véritable profondeur : la croix, épaisse et d’un vert sombre, structure l’ensemble selon un axe central. Le Christ, très allongé, est construit par facettes de jaunes, d’ivoires et d’ocres, cernées de traits bruns ; les bras forment un large V, tandis que le buste et les hanches se cassent en angles nets. Un périzonium rouge-orangé introduit une tache chaude au centre inférieur de la figure.

Autour de ce noyau, le décor et les témoins se déploient comme un “vitrail” fragmenté : un grand champ bleu outremer et violet, en forme d’arc ou de mandorle, isole la croix, tandis que les bordures sont éclatées en éclats triangulaires d’orangés et de bruns sombres. À gauche, une grande figure drapée de bleu se replie, comme emportée par la douleur ; à droite, une silhouette rouge-brun, au visage schématisé et au couvre-chef verdâtre, se tourne vers la croix. Au bas de la composition, d’autres formes humaines — un personnage sombre agenouillé et une figure ocre au bras infléchi — renforcent l’idée d’un cercle de lamentation.

La touche privilégie des aplats nerveux et des reprises visibles, avec des transitions parfois frottées entre les plans colorés. Les contrastes chaud/froid (bleus profonds contre orangés incandescents) dramatisent la scène, sans recours au clair-obscur naturaliste. La signature « Breuillaud » est visible en bas à droite du panneau.

Analyse comparative / corpus voisin

Par son rythme de diagonales et la segmentation des corps, Christ en Croix prolonge les compositions chorégraphiques et “Sarabandes” de la période 1947-1949 (PR1) : même dynamisme interne, mêmes silhouettes anguleuses, même tension entre verticales dominantes et mouvements obliques. La manière de distribuer les témoins en périphérie, par pans colorés et profils cassés, évoque également les figurations processionnelles de 1948, où la marche ou le rassemblement se traduit déjà par une syntaxe quasi liturgique.

L’œuvre s’en distingue toutefois par une frontalité absolue et une économie de signes orientées vers la monumentalité : la croix devient un véritable “pilier” plastique, et la figure centrale condense les recherches formelles de PR1 en une image unitaire. La fragmentation du fond, plus radicale, tend vers une abstraction architectonique qui dépasse le simple décor et participe directement de l’expression dramatique du sujet.

Justification de datation et d'attribution

La présence de l’œuvre au catalogue du Salon d’Art Sacré 1950-1951 fournit un terminus ante quem et rend cohérente une datation en 1950, dans l’intervalle immédiatement antérieur à l’ouverture de l’exposition.

Sur le plan stylistique, la géométrisation anguleuse des anatomies, les contours bruns affirmés, ainsi que la palette saturée dominée par les bleus et les orangés, correspondent aux recherches de Breuillaud à la charnière 1948-1951 (période PR1). La signature visible en bas à droite est compatible avec une attribution à l’artiste. Aucune date n’étant lisible sur le recto, la datation repose sur cet encadrement documentaire et sur la cohérence formelle.

La documentation associée à l’œuvre mentionne des essais ou variations au verso ; en l’absence d’image du revers dans le présent dossier, cet élément est retenu comme indication secondaire et doit être confirmé par examen direct.

Provenance / expositions / publications

Provenance actuelle : collection privée.

Exposition : Salon d’Art Sacré — Musée National d’Art Moderne, Paris, 29 novembre 1950 – 21 janvier 1951.

Publications : catalogue du Salon (préface : Jean Cassou) ; référence à préciser dans Art Sacré – œuvres des XIXe et XXe siècles (MAM), numéro d’inventaire/notice à déterminer.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud