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Mazilia (1927)

AB-ZM-1927-005 Mazilia

Fiche technique

Contexte biographique / historique

Daté du 10 février 1927, ce portrait de Mazilia appartient au petit groupe des figures féminines exécutées par André Breuillaud au cœur de la période de Montmartre (ZM). À cette date, l’artiste ne se limite plus aux paysages de zones, de friches et de lisières urbaines : il concentre également son regard sur les visages rencontrés, les présences individuelles et les identités singulières. Le nom du modèle, porté sur la feuille, donne à l’œuvre une valeur documentaire forte : il ne s’agit pas d’un type anonyme, mais d’une personne désignée, observée et retenue dans un moment précis.

Cette oeuvre précède directement une autre représentation de Mazilia datée du lendemain, AB-ZM-1927-003, et s’inscrit dans le même ensemble que AB-ZM-1927-004. Ces œuvres témoignent d’un travail rapproché, presque sériel, autour de figures nord-africaines féminines traitées sans décor et sans anecdote. Breuillaud s’attache moins à une notation ethnographique qu’à la densité d’un visage, à la tension du regard, à la manière dont quelques signes — coiffure, parure, tatouages ou ornements — peuvent devenir les supports d’une présence intérieure.

Description plastique / stylistique

Le visage occupe presque toute la hauteur de l'oeuvre. Il est présenté de face, légèrement resserré par la masse sombre de la coiffure ou du voile, qui forme une large arche noire au-dessus du front et encadre fortement les tempes. Cette zone obscure, travaillée en passages amples et veloutés, donne au portrait une assise grave, presque sculpturale. Sur le front, une rangée de disques clairs introduit un rythme horizontal qui tranche avec la verticalité du visage et attire immédiatement le regard vers la partie supérieure de la composition.

Les traits sont construits avec une grande économie. Les yeux, sombres et étirés, ne regardent pas frontalement le spectateur de façon ouverte : ils semblent glisser latéralement, dans une expression de retenue et de défi silencieux. Le nez est modelé par des plans brefs, les lèvres fermées par des bruns violacés, tandis que les joues mêlent ocres, roses et ombres grisées. Le cou et la poitrine restent plus esquissés, traversés par des signes décoratifs légers, comme si Breuillaud réservait toute l’intensité expressive au visage.

La technique de l'aquarelle joue ici un rôle essentiel. Contrairement aux aquarelles voisines, plus transparentes et lavées, cette feuille recherche une matière mate, par endroits presque charbonneuse. Les noirs ne servent pas seulement à dessiner : ils construisent une profondeur enveloppante autour de la tête. Les rehauts clairs, les carnations chaudes et les notations linéaires gardent cependant une grande souplesse, laissant visibles la rapidité de l’exécution et la part d’étude sur le vif. L’image demeure ouverte, inachevée par endroits, mais cette réserve accroît la force de concentration du portrait.

Analyse comparative / corpus voisin

Comparée à AB-ZM-1927-003, représentant le même modèle le lendemain, cette œuvre apparaît plus frontale, plus sombre et plus condensée. La version du 11 février privilégie une attitude de trois-quarts, un visage plus intériorisé et une fluidité d’aquarelle qui adoucit les passages. AB-ZM-1927-005, au contraire, impose la figure comme une présence immédiate : la tête est plus fermement cadrée, la masse noire de la coiffure domine l’image, et la parure frontale transforme presque le visage en icône.

Le rapprochement avec AB-ZM-1927-004 confirme cette recherche autour du visage comme foyer de tension. Les deux portraits partagent une économie de décor, une attention portée aux signes du front et une volonté de fixer une présence humaine sans surcharge narrative. Mais là où AB-ZM-1927-004 affirme une intensité graphique plus acérée, AB-ZM-1927-005 se distingue par une densité de matière et un clair-obscur plus enveloppant.

Cette œuvre occupe ainsi une place importante dans le sous-ensemble des portraits ZM de 1927. Elle montre Breuillaud à un moment où son intérêt pour les marges sociales se déplace vers une attention plus directe aux individus. La figure n’est ni folklorisée ni transformée en simple motif exotique ; elle devient un champ d’observation formelle et psychologique, où la ligne, la couleur et la matière cherchent à rendre sensible une présence singulière.

Justification de datation et d'attribution

La datation du 10 février 1927 est portée sur l’œuvre et donne un repère précis. Elle est pleinement cohérente avec le groupe de portraits réalisés autour de Mazilia et avec le climat stylistique de la période ZM : cadrage resserré, exécution rapide, importance du visage, et association d’un dessin nerveux avec des masses colorées très synthétiques.

L’attribution à André Breuillaud est soutenue par la signature, par la cohérence du sujet avec les feuilles datées de février 1927, et par le traitement plastique : économie du décor, intensité du regard, construction par grands contrastes et liberté du médium sur papier. L’œuvre complète utilement le corpus des portraits de Mazilia en apportant une variante plus frontale, plus dense et plus sombre que les versions voisines.

Provenance / expositions / publications

Collection privée.

© Bruno Restout - Catalogue raisonné André Breuillaud