Périodes développées
1920–1944
Les années figuratives : du réel observé au réel transfiguré
Logique générale : Breuillaud part du motif (paysage, scène, bouquet, figures) et le charge progressivement : matière plus épaisse, couleurs plus actives, construction plus tendue.
1920–1929 | Formation et premières affirmations
Figuration encore “classique” mais déjà énergique.
Importance du dessin et de l’assise compositionnelle.
La couleur sert le volume, sans encore devenir autonome.
1929–1936 | Montmartre / “période humaine”
Sujets populaires : rues, marchés, roulottes, figures modestes.
Expressivité accrue : pâte plus vive, tensions de plans, visages parfois “déchirés”.
Le réel est moins décrit que pressenti.
1936–1944 | Figuration construite, densification
Le tableau devient plus architectural.
L’espace se ferme, se compacte : sensation de masse, de gravité, parfois de nocturne.
On sent déjà l’intérêt pour les structures internes qui préparera la bascule d’après-guerre.
Repères visuels : figuration lisible, masses solides, matière plus présente, couleurs “habitées”.
1945–1954
La Provence : le paysage comme structure (périodes PR)
Logique générale : le paysage n’est plus un motif : il devient un système. Breuillaud apprend à “résumer” : plans, rythmes, équilibres.
PR1 (vers 1945–1949) | Paysage reconstruit
Simplification des formes.
Les volumes s’organisent en blocs ; le dessin devient plus synthétique.
PR2 (vers 1950–1954) | Paysage géométrisé / charnière
Le sujet se désincarne : maisons, collines, arbres deviennent des modules.
La couleur commence à agir comme une force spatiale.
C’est la rampe de lancement de la “mutation plastique”.
Repères visuels : plans colorés, construction ferme, le motif se lit encore mais se “décompose”.
1955–1961
La “Mutation plastique” : du monde construit au monde généré (MP1 → MP3, puis seuil filamentaire)
Ici, Breuillaud quitte le motif : il ne peint plus “ce qui est”, il peint “ce qui se forme”.
MP1 (vers 1955–1956) | Déconstruction du paysage
Le réel se casse en unités.
Apparition de courbures, de tensions internes, de “signes”.
MP2 (vers 1956–1958) | Organisation par masses + poussée organique
Les masses deviennent presque anatomiques.
La palette gagne en intensité ; l’espace devient un champ de pressions.
MP3 (vers 1958–1959) | Pré-organique / embryonnaire
Cœur de ton corpus actuel : proto-organismes, vortex, poches, noyaux.
Le tableau fonctionne comme une incubation : formes en croissance, fusion/dissociation.
C’est la matrice de presque tout ce qui suivra.
1960–1961 | Seuil “filamentaire” / proto-cosmique
Les masses se percent de réseaux, de lignes, de trames.
La question devient : comment une forme tient quand elle est faite de flux ?
Repères visuels : disparition du motif, naissance de noyaux, membranes, formes embryonnaires, puis lignes/réseaux.
1962–1966
Le vivant apparaît : scènes translucides, embryologie, puis bascule monumentale
Logique générale : l’organique n’est plus seulement latent : il devient iconographie.
1962–1963 | Organismes et “scènes”
Apparition d’ensembles plus narratifs (sans redevenir figuratifs classiques).
Transparences, épiderme lumineux, tensions rouge/noir, figures dissoutes.
Le tableau devient un théâtre biologique.
1964 | Année charnière
Stabilisation de certains motifs : “masques”, “monstres”, maternité (au sens iconique).
Le langage est assez solide pour se déployer en grands formats et séries.
1965–1966 | Consolidation et montée en puissance
1965 : seuil de membrane, lumière interne, espaces “chambres”.
1966 : explosion MP4 (grand cycle) : densités telluriques, nocturnes, monumentalité.
Repères visuels : la figure n’est pas “humaine” mais elle est là : masques, embryons, scènes, entités.
1966–1972
MP4 puis CC : la grande peinture nocturne / tellurique et l’ouverture cosmique
Logique générale : Breuillaud peint désormais des mondes complets : matière, foule d’entités, profondeur, verticalité.
MP4 (1966–début 1967) | Nocturnes, densité, visions
Rouge, noir, bleu profond.
Corps suspendus, “ténèbres”, rideaux, limbes, figures en compression.
Monumentalité : la toile devient un espace total.
1967 | Grande synthèse
Grands formats structurants (creuset, formes ascendantes).
L’organique devient cosmologie.
1969–1972 | Déplacements de palette et d’espace
Entrées de champs plus ouverts, parfois jaunes, parfois plus aériens.
Les entités cessent d’être “nées dans la matière” : elles circulent vers un espace autonome (formulation que tu as très bien notée).
Repères visuels : grands formats, verticalités, magma, foules d’entités, puis espaces plus ouverts/cosmologiques.
1972–1980
CCL : l’ultime cycle — spectral, érotique, circulaire, fusionnel
Logique générale : la peinture devient plus concentrée : moins de “monde”, plus de “noyau”. Thèmes de condensation, halo, union.
1972–1974 | Noyaux / spectres / méduses bleues
Foyers rouges, halos bleus, formes spectrales.
Le vivant devient une apparition (moins “magma”, plus “aura”).
1974–1977 | Fibres, enchevêtrements, rondes
Le corps revient par la fusion : entrelacs, torsions, circularités.
Érotique au sens cosmique : le vivant comme nouage.
1979–1980 | Ultimes unions / apaisement
Œuvres de synthèse : “œil”, couple, maternité, souffle final.
La forme se pacifie sans se simplifier : elle devient emblème.
Repères visuels : halos, spectres, nœuds rouges, rondes, fusion, circularité, apaisement final.
Vue d’ensemble en une phrase
1920–1954 : du visible (monde) vers la structure (paysage construit).
1955–1965 : la forme se met à naître (mutation / embryologie).
1966–1980 : la forme devient monde (nocturne/cosmique), puis noyau (halo, fusion, union).